"La fortune littéraire de Sandor Marai" - une publication qui pose problème

On aurait aimé pouvoir se réjouir de la parution de cet ouvrage sur l'œuvre de Sandor Marai. Mais quelle édition étrange ! Il s'agit en fait de la reproduction d'interventions prononcées lors d'un colloque Marai qui a eu lieu à l'Institut Hongrois en 2010 - mais ce n'est indiqué nulle part. On y trouve pêle-mêle des textes écrits par des grands universitaires et des petits débutants ce qui laisse le lecteur sur sa faim.

Plusieurs auteurs y traitent des questions de la réception française et internationale de l'œuvre à travers de textes qui démontrent leurs connaissances insuffisantes du monde de l'édition. Certaines de leurs erreurs auraient pu être corrigées si les éditions des Syrtes avaient relu attentivement ce volume. 

Aussi étonnant que cela puisse paraître, les organisateurs - dont nous savons qu'ils sont d'origine hongroise... - n'ont pas pensé à inviter Madame Ibolya Virag à participer à ce recueil. Ignorent-ils que l'éditrice avait eu l'idée de publier "Les Braises" dans le but d'atteindre le grand public et de donner davantage de visibilité à la littérature hongroise ? Savent-ils que si Madame Virag n'avait pas envoyé "Les Braises" aux éditions Adelphi, Marai n'aurait pas fait le succès international que l'on sait ? Autant de questions...
Enfin, nous constatons que l'un des coordinateurs du colloque, Andras Kanyadi, s'attribue la direction de cet ouvrage, ce qui est un comble... 
Nous présentons rarement de manière aussi négative un ouvrage sur l'Europe centrale, mais suite aux nombreuses remarques que nous avons reçues, c'était, dans ce cas, nécessaire.


Relire István Bibó sur l'éthique de la responsabilité

Après Les Echos, l'Ouest France s'est également intéressé aux idées du grand historien hongrois au regard du contexte européen actuel :
"A l’heure où le risque de voir les positions politiques hostiles à l’austérité devenir, par glissement, des positions anti allemandes, les penseurs d’Europe centrale peuvent nous aider à ne pas nous tromper de cible. Lire la suite...

István Bibó : Misère des Petits Etats d'Europe de l'Est, Albin Michel

Contient quatre textes : Misère des Petits Etats d'Europe de l'Est, Les raisons et l'histoire de l'hystérie allemande, La question juive en Hongrie après 1944 et La formation du caractère hongrois et les impasses de l'histoire de la Hongrie. Essais réunis et édités par Ibolya Virág.


Hommage à János Starker

Le grand violoncelliste américain d’origine hongroise est décédé à l’âge de 88 ans. Le musicien, qui a marqué l’histoire de l’interprétation, était un modèle pour de nombreux artistes. Lire la suite...


Hongrie : une école de musique donne la chance aux jeunes Roms

Ferenc Snétberger est un guitariste de jazz mondialement connu. En 2011, il a créé au lac Balaton une école de musique pour former les jeunes talents issus de la communauté Rom venant des milieux les plus défavorisés. 60 élèves reçoivent chaque année un enseignement musical de première qualité. Chaque fin d'année, ils partent en tournée dans différentes villes de Hongrie et en Europe. Regarder le vidéo...

 

Ferenc Snétberger


Lettre de Valère Novarina à Attila Vidnyanszky, metteur en scène hongrois dont les spectacles n'ont pas pu venir en France

Paris, le 17 mars 2013
Cher Attila,
Je viens d’apprendre l’annulation de tes deux spectacles prévus au Théâtre National de Strasbourg (Les Trois Sœurs, Le Fils devenu cerf) et celle du stage que tu devais effectuer avec les élèves de l’école. C’est un grand dommage pour les spectateurs de Strasbourg ; c’est très triste pour les jeunes acteurs qui s’apprêtaient à recevoir ton enseignement... Les raisons invoquées me semblent de l’ordre de la rumeur. Ici, en particulier pour tout ce qui concerne l’étranger, c’est une sorte de pensée par échos qui domine... Tous ceux qui ont signé des pétitions ou répercuté cette polémique dans les journaux feraient bien de lire le texte que Jean-Pierre Thibaudat, grand voyageur en Europe centrale, vient de rendre public (À propos de la non-venue des spectacles d’Attila Vidnyànszky au TNS), c’est une réflexion très éclairante et très concrète qui apporte beaucoup de nuances et d’informations nouvelles, et vient un peu remettre en question l’idée hâtive que l’on se fait souvent ici de la situation culturelle à Budapest... Nous sommes en France trop consommateurs d’idées toutes faites. 

Cela vient je crois, de notre grande méconnaissance de l’histoire de l’Europe — et aussi de sa géographie... (Un communiqué de presse du TNS, daté du 8 mars, situe même Debrecen dans une « enclave hongroise » en Ukraine !...) On est ici pressés de conclure, avide d’idées simples et on adore se donner bonne conscience à peu de frais ... J’ai souvent dit à mes enfants que la première religion en France n’est ni le christianisme, ni le marxisme, ni l’islam mais le manichéisme. Le vieux manichéisme, qui s’entend si bien avec la pensée numérique, celle qui ne sait dire que oui et non, celle qui avance en crabe, latéralement et par glissements, celle qui ne tisse jamais qu’un raisonnement plat, au lieu de penser en approfondissant devant soi et en creusant.
Bref, cher Attila, je ne sais toujours pas précisément ce que l’on te reproche...
Posons-nous des questions sur l’actualité hongroise, grecque, irlandaise, russe, italienne, mais réapprenons d’abord à écouter, sachons questionner et nous représenter un instant le point de vue d’autrui. Nous, Européens, nous se sommes pas qu’un seul peuple, et il est important de commencer toujours par entendre nos histoires différentes. Nous avons besoin de nous rencontrer, de ne pas faire d’amalgames hâtifs, de ne pas réduire à tout prix les subtiles contradictions de la réalité politique. La pensée n’avance, comme la marche, que par déséquilibres, traversée d’obstacles : lorsqu’il y a un point de vue adverse, une péripétie, un retournement — et la surprise d’autrui. Nous, Européens (depuis si longtemps et si récemment !), nous avons tellement besoin de nous retrouver !... La présence à Strasbourg de tes deux spectacles en hongrois et ton travail avec les jeunes acteurs en étaient une merveilleuse occasion. 
Au lieu de t’attendre, au lieu de t’entendre, au lieu de profiter de ta venue parmi les acteurs pour te poser aussi quelques questions sur ce qui nous préoccupe dans le tableau inquiétant que nous dressent les journaux de la Hongrie actuelle, au lieu de tout cela, on a préféré prêter complaisamment l’oreille à l’Air de la Calomnie, fermer les portes et annuler soudain ton stage.
Lorsque l’on se pare, lorsque l’on se réclame des « valeurs de la démocratie » (je me demande bien ce que va être cette étrange messe unitaire que l’on réclame et que l’on se prépare à célébrer le 11 avril à propos de ta venue mais sans toi !) lorsque l’on pense incarner la « Liberté », la « Vertu », pourquoi utiliser des moyens si brutaux ?... Je ne comprends pas.
Est-ce ainsi que l’on construit l’Europe ?
Ce règlement de comptes me semble d’autant plus révoltant que je me souviens avec quelle générosité tu nous as, il y a deux ans, — Adélaïde Pralon, Philippe Marioge, Christian Paccoud et moi — ouvert toutes grandes les portes de ton théâtre — et permis de mettre en scène L’Opérette imaginaire, en hongrois (Kepzeletbeli operet) avec ta magnifique troupe d’acteurs.

Avec toute mon estime, ma sympathie, ma vive admiration pour ton travail.

Valère Novarina

 

Lire l'article de Jean-Pierre Thibaudat  >> ici



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