Václav Havel
L'ancien président tchèque, écrivain et symbole de la résistance à l'oppression communiste devenu homme clef de la révolution de Velours en 1989, est décédé à l'âge de 75 ans.
Découvrez une sélection des plus beaux hommages publiés à cette occasion:

Adam Michnik : Vaclav Havel, mon ami
Jean-Pierre Thibaudat : La vie théâtrale de Vaclav Havel
Le Figaro : Au théâtre, Havel était un écrivain témoin de son temps
Le Monde : Le précieux héritage de Vaclav Havel
Radio Prague : Vive émotion dans les rues de Prague
Julian Evans : Václav Havel: the compulsion of a dissident
La Jérusalem Sicule
Nouveauté dans notre librairie hongroise (un formidable ouvrage dont nous sommes les diffuseurs en France) :

En Transylvanie, pays à la tolérance légendaire où plusieurs nations coexistent depuis des siècles, une communauté hongroise s’était convertie au judaïsme vers la fin du XVIème siècle. Ainsi débuta l’incroyable histoire de ces hérétiques protestants pour qui le retour au judaïsme était la meilleure manière d'être authentiquement chrétien. Ces Sicules qu’aucun lien de sang ne rattachaient au peuple juif, devinrent « Juifs dans leur âme ».
En quelques années, leur foi se répandit sur tout le territoire de la Transylvanie, mais leur religion ne fut jamais reconnue car elle se heurta à l'opposition des églises. Après la promulgation de la loi sur la liberté de la conscience (1867), elle connut toutefois un regain éphémère. Mais à la fin de la seconde guerre mondiale, les Sabbataires ne comptaient plus que quelques rares familles. Certains s’étaient fait baptiser, d’autres avaient rejoint ceux dont ils partageaient la foi dans les camps de concentration.
Ils n’étaient plus représentés dans les années 1980 que par quelques vieilles personnes. Un peu plus tard, ils allaient être victimes de la politique de Ceausescu visant à détruire les villages de Roumanie.
L’écrivain Géza Szávai, issu de la minorité hongroise de Roumanie, est né dans un village voisin à Bözödújfalu (auj. Bezidul Nou faisant partie de Sângeorgiu de Pădure, Roumanie), à celui même qui avait été surnommé la « Jérusalem sicule ».
A la fois sociographie et confession, son ouvrage relate avec brio l'histoire des Sicules judaïsants qu'il décrit comme une métaphore de notre monde, celle des minorités.
Prix : 38 euros
426 pages, couverture rigide, avec de nombreuses photos
traduit du hongrois par Georges Kassai et Gilles Bellamy
C'est notre association qui diffuse ce livre en France.
Pour commander, écrivez-nous dans "contact".
Extrait d'un entretien avec l'auteur (paru dans le Journal Francophone de Budapest ) :

Géza Szávai
JFB: L'histoire des Sicules judaïsants de Transylvanie est bien particulière. Quand et pourquoi vous y êtes-vous intéressé ?
Géza Szávai: Je suis né dans le village voisin de Bözödújfalu (Bezidul Nou), village qu'on appelait la "Jérusalem sicule" du fait qu'une grande partie de la minorité hongroise qui y vivait avait choisi la religion juive. (...) Enfant, ce village faisait donc partie de « ma » vallée. Et à l'école nous savions tous ce qu'il était advenu aux Juifs, sort auquel n'avaient pas échappé nos voisins, frères spirituels des Juifs. A l'âge de 12 ou 13 ans, moi qui n'aimais vraiment que les mathématiques, les choses concrètes de la vie, j'ai commencé à écrire un roman historique, mais avec des codes secrets comme dans les romans policiers. J'imaginais que s'il existait un village en Transylvanie portant le nom de Jérusalem sicule, il pourrait aussi exister un village sicule de Bethléem, ou reviendrait, une fois, le Messie. Il fallait en trouver la clé, comme dans un problème mathématique. Je me suis mis alors à prendre des photos de toute la vallée, le long du ruisseau Küsmõd (Cusmed) qui la parcourait sur 16 km, à noter des histoires racontées par les vieux. L’un de ces villages n'existe plus aujourd'hui car Ceausescu a décidé dans les années 86-87 de le rayer de la carte, comme plusieurs autres. Il y a fait construire un barrage qui a provoqué non seulement la mort de ce village, englouti, mais surtout la fin tragique d'une région unique en son genre, connue pour sa tolérance. Tolérance exemplaire et nécessaire ! Différentes nations et six religions y coexistaient en toute quiétude. Et, ironie du sort : la population évacuée du village surnommait les immeubles où ils ont été placés le « ghetto » ! J’ai donc écrit ce livre pour relater des faits que je ne pouvais pas passer sous silence.
JFB: Vous définissez votre livre comme un roman-essai.
G.Sz.: Oui, un roman-essai sur l'identité de l'homme. Un roman dans lequel la vérité dépasse la fiction. Je voulais montrer combien la réalité peut être encore plus choquante que le romanesque même. L'histoire de « La Jérusalem sicule » est une métaphore de notre monde. C'est la question de la minorité qui est posée. Je suis né hongrois en Roumanie, donc minoritaire. Etre minoritaire ce n’est pas une chose simple ! Lorsque j'ai vécu à Bucarest sous le régime de Ceausescu, j'ai encore plus vécu la triste situation d'être minoritaire, et j'ai encore mieux compris ce que veut dire être juif. La « juiveté » est une métaphore des minorités.
Mais, d’un autre point de vue, vivre minoritaire est une notion universelle. C'est un problème de calcul et de situation. En 2050, toute la population sera «minoritaire» face aux Chinois. Ou prenons l'exemple de la Tchécoslovaquie. Il y avait 9 ou 10% de Hongrois dans ce pays, or lorsque la Slovaquie a été reconnue, le pourcentage des Hongrois est devenu conséquent. C’est encore une question de calculs. Si on change les frontières, les proportions changent aussi. L’existence de l’Europe unie est une vraie chance pour résoudre ce genre de problèmes. Que signifie être minoritaire ou majoritaire ? Que signifie être étranger ? Il faut repenser les cercles de « l’étrangéité » ! Personne ne peut y échapper : en se mariant nous lions notre vie, notre sort, à une personne étrangère, dont naîtra l’être le plus proche de nous : notre enfant. Donc les solutions de briser les barrières de « l’étrangéité » sont tout près de nous. On peut commencer à exercer la tolérance au sein de notre propre famille...
JFB: Qu’en est-il de la Jérusalem sicule aujourd’hui ?
G.Sz.: Ce lieu est devenu un lieu de pèlerinage. Une fois par an, en août, les anciens habitants qui vivent encore, les enfants de ceux-ci, des connaisseurs de cette triste histoire - et j’espère que mon livre y a contribué -, des amis, des intellectuels et des jeunes du monde entier s’y rendent pour se souvenir et perpétrer l’idée de tolérance. (...)
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