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SHO-BO-GEN-ZO de Josef Nadj et d'Akosh S.

Théâtre de la Bastille du 18 au 27 janvier 2010
76 rue de la Roquette Paris 11e Tél: 01 43 57 42 14

Remontant le temps vers notre époque, le samouraï et sa servante nous rejoignent pour évoquer tout en délicatesse de furtifs moments poétiques.
Chorégraphie et scénographie : Josef Nadj
Composition musicale : Joëlle Léandre et Akosh Szelevényi

Josef Nadj explore l’imaginaire d’Orient dans un quatuor pour deux danseurs chorégraphes et deux musiciens improvisateurs.

Un cri pleure d’un violoncelle affolé, déchire l’impassible pénombre. Troue le silence. Surgissent alors un samouraï d’apparat et un onnagata, qui jouent en prélude une représentation de théâtre japonais traditionnel… Voici longtemps qu’un lointain vent d’Orient attise l’imaginaire de Josef Nadj. Initié aux arts martiaux et à la lutte lorsqu’il étudiait l’histoire de l’art à l’université de Budapest, le chorégraphe a noué au fil de son œuvre les liens d’une secrète connivence avec l’empire des signes. Ses pièces, souvent, se déploient en un subtil rosaire de scènes idéogrammatiques dont l’énigmatique tranchant ouvre l’imagination. Pour Sho-Bo-Gern-Zo Josef Nadj a puisé dans l’œuvre majeure de maître Dôgen qui, au XIIIe siècle, fonda au Japon l’école sôtô du zen. Premier ouvrage savant rédigé en japonais, le Shôbôgenzô (littéralement « La vraie Loi, Trésor de l’œil »), compile des écrits poétiques, philosophiques et des règles pour la vie monastique. Il s’appuie sur des « kôan », c’est-à-dire de courts dialogues ou brèves anecdotes, absurdes ou paradoxaux utilisés comme objets de méditation ou stimulants de l’éveil spirituel. « Nous avons essayé de créer des kôan visuels » explique le chorégraphe. Accompagné de la violoniste Joëlle Léandre et du poly-instrumentiste Akosh Szelevény, il évolue en duo avec Cécile Loyer à travers six tableaux, qui s’enchâssent comme autant de saynètes étranges, pleines de symboles et références sibyllines. Le corps et le mouvement se font ici vecteurs d’une profonde méditation sur le temps et la présence. (Présentation de La Terrasse)


Entretien avec Josef Nadj

Aude Lavigne : Expliquez nous le titre de votre pièce « Sho Bo Gen Zo » ?

Josef Nadj : C’est un livre de Maître Dogen, Maître zen du 13ème siècle, très récemment traduit par Yoko Rimo avec comme sous titre « la vraie loi trésor de l’œil ». J’ai d’abord connu les écrits de maître Dogen sur la cuisine zen, mais cette traduction est sortie et c’est un énorme travail. Yoko Rimo donne une multitude d’explications par rapport à des termes japonais et c’est la traduction le plus proche de l’esprit de Dogen. Il y a des écrits très divers dans ce livre, des sutras indiens, des textes traditionnels du bouddhisme, des textes de règles monastiques. Il y a des textes courts et d’autres plus libres plus poétiques car Maitre Dogen avait un don de la poésie, et surtout un ton. J’ai retenu deux petits fragments et ce livre m’a poussé à construire un jeu, une opposition avec une danseuse.

Question : Vous dites que cette pièce est un jeu ?
L’ouverture de la pièce est une sorte d’évocation du temps de Dogen et aussi un jeu libre sur cette culture. Je suis habillé en Samouraï et Cécile Loyer en Agata et on crée notre Koan : dans le zen un koan c’est éclairer le mystère sans parole.
On a créé un jeu avec des personnages qui viennent de l’époque de Dogen, comme ça j’ai justifié le rapport même très libre et très vaste avec Maître Dogen que j’admire, j’admire le boudhisme, cette spiritualité, cette fluidité, cette disponibilité d’être et aussi l’humour des Maîtres zen.

Question : Vous en tirez également un enseignement physique ?
Depuis des années je m’amuse à créer des Koan, c’est une occasion de se confronter à cet exercice. Dans le zen, les Koan sont des dialogues entre le maître et l’élève et au début du spectacle nous en faisons une adaptation physique.

Question : comment évolue la pièce par la suite ?
Il s’agit de deux pas-de-deux si l’on peut dire , un dialogue entre deux corps musicaux, un homme et une femme et deux corps dansants. La scène est toujours pour moi un espace musical , la musique est un langage qui me stimule, surtout par deux grands musiciens comme Joëlle Léandre et Akosh Szelevényi.
C’est comme un tableau animé de l’époque avec les costumes puis on abandonne le costume pour devenir un homme et une femme contemporains. Dans l’ensemble de mon travail, cette pièce figure dans la catégorie des petites formes intimes, avec peu d’accessoires, avec ce rapport à la musique vivante qui présuppose une écriture à la fois ouverte et fermée, une écoute aigue à l’improvisation. C’est une forme à part que j’aime pratiquer de plus en plus.

Question : parlez nous de votre duo avec Cécile Loyer ?
Je travaille avec Cécile Loyer sur des grandes pièces mais il y avait cette envie de se dépouiller un peu des autres. Le duo est l’espace du dialogue par excellence, ce que je fais avec Miguel Barcelo, Dominique Mercy et aussi ce que je fais avec Akosh Szelevényi.
Dans cet accordage avec Cécile Loyer on se modifie un peu. Cécile Loyer c’est la fluidité et dans les improvisations pour essayer de la suivre j’ai dû bien travailler en profondeur des sensations ce que je ne fais pas seul. Seul, je travaille sur d’autres types de mouvements qui tirent plus vers un côté marionnette.

Question : comment donnez vous vos indications dans le travail ?
Je dis souvent excusez moi …parce que je ne sais pas expliquer, je ressemble à un idiot qui apprend à parler, mais…j’essaie de montrer, je partage directement la recherche.

Question : Revenons à l’Orient, qu’est ce qui vous attire ?
Ca vient du besoin de soif intérieure de toucher une certaine pureté et une transparence alors qu’ici en occident on est dans un monde trop rationnel et trop matériel . J’ai toujours trouvé dans la culture orientale cette disponibilité pour saisir les choses sans vouloir les expliquer, les saisir c’est une façon de vivre, d’écrire, de peindre et l’art de la calligraphie est un repère constant pour moi.

Question : La calligraphie c’est le geste parfait, en danse vous cherchez le geste parfait ?
Ce n’est pas la perfection que je vise mais c’est une forme de vérité profonde quand le geste est juste et ça on le sent, quand le geste est en accord avec les intentions avec sa musicalité propre. Perfection je ne sais pas, mais maîtrise sûrement.

Télécharger le dossier de presse >> ici.

Critique parue dans Le Monde >> ici.




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