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"Noéplanète" - spectacle conçu et dirigé par Arpad Schilling

17- 26 octobre 2012

Théâtre National de Chaillot

1, place du Trocadéro Paris 16e
Réservation : 01 53 65 30 00

 

Le principe du spectacle repose sur l'interaction entre un film, une pièce de théâtre et le public. Le film nous raconte l'histoire d'un couple de comédiens engagés par un réalisateur pour jouer dans un film traitant de l'émigration. Ils doivent se rendre en divers endroits munis d’une caméra auprès de "vraies gens" pour recueillir de la matière afin de construire leurs personnages. Le spectacle s'adresse au public, en commençant par une simple question : nous ici présents, spectateurs et artistes sur scène, que faisons-nous de ces "vraies gens », en situation de difficulté dans notre société ? Le spectacle appelle à la réflexion sur un problème qui nous est présenté comme l'origine de beaucoup de nos maux sociaux.
Sur scène, comédiens, musiciens, danseurs, circassiens... Cette arche de Noé réunit toutes les espèces pour un voyage unique au cœur de la question de l’émigration.

Un vidéo sur le site du Théâtre de Chaillot. Regarder...

 

Le nouveau spectacle du Hongrois Árpád Schilling a beau être décousu, long, agaçant par moment, naïf, frustrant, on doit s'incliner : c'est un vrai « moment de théâtre » Lire la suite...

 

Cet entretien réalisé avec Arpad Schilling par Irène Filiberti en février 2012 donne des éclairages sur ce nouveau spectacle :

Pourquoi citez-vous Jean Vilar, à propos de votre projet Noéplanète ?

Ce sont des recoupements à partir de phrases de Vilar que jʼavais trouvées ici et là et qui me semblent en résonance avec lʼactualité, autour de lʼimportance des artistes, ou bien de comment on enrôle le peuple, ou encore comment sʼinvestir, à qui sʼadresser ? A lʼépoque de Jean Vilar, dans lʼaprès-guerre, il était nécessaire de refonder, il y avait à reconstruire. Il fallait reconstituer une réelle communauté. De là pour lui lʼidée dʼun véritable intérêt commun à servir la société, à faire du théâtre pour tous. Aujourdʼhui, nous sommes confrontés à une autre réalité et la question se pose en dʼautres termes : comment rester une société alors que chacun se pense individu, isolé dans son monde qui se veut sans immigrant, reste sans voir ni comprendre les réalités, notamment celles des artistes. On peut sʼen rendre compte lorsque quʼon joue en compagnie. Plutôt que la rénovation, comment croire désormais en une communauté ? Cʼétait lʼidée majeure de Jean Vilar, me semble-t-il, et il était à la tête dʼun grand théâtre. Avec des moyens importants, il a pu travailler à ce quʼil croyait mais sa vraie question est toujours restée : « qui sera là ce soir ? »

Aujourdʼhui, beaucoup pensent quʼil nʼest pas besoin dʼart et de culture, quʼil est suffisant déjà de juste de gagner son pain. Mais si le citoyen nʼest pas dʼemblée convaincu de cette nécessité, quelle est la légitimité de lʼartiste dans la société ? La haine de lʼart et des artistes mʼeffraie, surtout quand je vois ces mouvements contre des pièces ou quand jʼentends certains discours politiques, avec les conséquences quʼils peuvent produire. A lʼinverse, je crois dans le progrès et lʼinnovation de lʼart, je crois en sa force de changement. Mais si je ne suis pas légitimé en tant quʼartiste, comment apporter cette contribution ? Le théâtre est cet endroit de toutes les rencontres, avec la possibilité de mettre en discussion toutes ces différences. Sans art ni culture, il nʼy a pas de communauté. Nous avons à sauver cette idée de la culture en Europe.

Ces dernières années, vous avez modifié votre façon de travailler. Quelles en sont les raisons ?

Jusquʼen 2008, nous nʼavions pas eu de problème pour aller à la rencontre des gens, dans différents milieux et contextes. Il était facile de sortir du rapport académique au spectacle. Il y avait de lʼintérêt, de lʼécoute. Cʼest plus difficile maintenant. Je ne suis pas conduit par lʼesthétique au théâtre, cʼest peut-être pour ça que jʼai envie dʼaller vers les autres, dʼêtre en contact avec toutes sortes de mondes. Paris est une ville qui propose beaucoup en termes de culture mais tout y est de plus en plus concentré. Ailleurs les cercles dʼamateurs sont de plus en plus réduits et le reste du champ est abandonné. Autour de ces microcosmes des grandes villes, cʼest le no manʼs land. Pourtant les gens sensibles sont nombreux.

Arpad Schilling

Pourquoi si peu dʼentre eux sont-ils concernés par ces possibilités, par lʼart ? Cʼest très surprenant surtout lorsquʼon vient dʼun pays où tout cela nʼexiste pas. En travaillant en France, jʼai été frappé par ce fabuleux projet des maisons de la culture, mais elles nʼattirent plus quʼune partie de la population. Tout est devenu homogène autour de multipôles culturels et ces ensembles sont coupés les uns des autres. A la périphérie existent dʼautres cultures, mais le centre les ignore. Comment se sentir acteur dans une société dans ce cas ? Comment refaire lien avec tout cela ? Etre présent à Chaillot, un grand théâtre national au coeur de la capitale, est une opportunité pour tenter de regrouper des éléments communs à lʼOuest autour de cette perception de lʼEurope. Mon but avec Noéplanète est dʼimaginer une sorte plateforme, afin de poser ce socle commun, tout en cherchant à éviter les écueils de lʼart postmoderne. Pas de quotidien, mais la culture et le langage. Je cherche à susciter un mouvement naturel, à partir dʼun espace neutre pour communiquer, savoir pourquoi lʼautre est là, dʼIslande en Albanie.

Lʼidée, depuis Chaillot, serait de sʼintéresser à tous ces pôles, au moins de tracer des lignes entre le centre et la périphérie. Noéplanète est un pas sur cette nouvelle voie, la première étape dʼun processus long et continu – parallèlement déjà mis en jeu en Hongrie – mais que je nʼavais pas encore eu le loisir dʼexplorer à partir de la France où jʼai souvent travaillé. Cʼest avec cette expérience, qui provient aussi des activités que jʼai pu mener à la MC93 de Bobigny, quʼil mʼintéresse dʼévoquer la société française et sa culture, comme jʼai pu le faire en Hongrie, sachant que je ne travaille pas seulement avec des Français. Jʼy vois lʼoccasion dʼentreprendre de nouvelles démarches avec les acteurs, et envers les gens. Cela me semble un endroit idéal dʼintervention afin dʼutiliser le langage artistique pour construire, former, échanger. Lors de mes diverses interventions dans des écoles de théâtre, jʼai pu me rendre compte que lʼesprit de Vilar était toujours présent : des jeunes artistes avaient le désir de dépasser les frontières de lʼart pour soi pour lʼamener à dʼautres personnes pas forcément attirées par lui. Cʼest formidable : aujourdʼhui, il nʼy a pas un Vilar mais des centaines ! Donc, lʼidée de ce projet est de considérer Chaillot comme un centre, à partir duquel rayonner vers lʼextérieur.

Depuis ses origines, le théâtre est un lieu où se croisent tous les arts, la danse, la musique, lʼimage Je tiens à poursuivre ce processus, avec tous les langages artistiques y compris avec les nouvelles technologies. Cette recherche est mise en jeu, en balance avec mes propres histoires, dʼou je viens, la façon de raconter, dʼêtre soi, de mettre en scène avec ces réflexions, ces thèmes.

Lʼimage en est un feu, lʼidée : reconstruire le feu. 

Photo de répétition - © Máté Tóth Ridovics

 

Conception et mise en scène Árpád Schilling

Avec Karim Bel Kacem, Vincent Brayer, Émilie Combet, Cédric Djedje, Lionel Dray, Fragan Gehlker, Nina Nkundwa, Frédéric Noaille, Lucas Partensky, Thomas Perrier, Viivi Roiha, Élisa Ruschke, Marc Vittecoq, deux enfants.

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 



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