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Laurence Gudin réveille la Baconnière et accueille la littérature de l'Europe centrale

LE TEMPS Samedi 27 avril 2013

PAR PAR LISBETH KOUTCHOUMOFF

 

Après des études d’édition à Paris, la Genevoise relève le défi de relancer le catalogue de la prestigieuse maison qui a publié Denis de Rougemont et Aragon.

Deux bonnes nouvelles d’un coup, voilà de quoi mettre en joie. Tout d’abord les Editions de la Baconnière redémarrent, après un quasi-sommeil de quinze ans. La Baconnière? L’un des fleurons de l’édition suisse, fondé par Hermann Hauser en 1927 à Baudry près de Neuchâtel. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, la Baconnière deviendra un havre de résistance intellectuelle, publiant Aragon, Supervielle et maints autres écrivains et penseurs tenus au silence dans la France occupée. Jusque dans les années 1980, la maison a tenu son rang de référence francophone dans le domaine de la critique littéraire. Rattrapée par les soucis financiers, la Baconnière sera rachetée en 1998 par les éditions genevoises Médecine et Hygiène qui ont fait tourner le catalogue sans publier de nouveaux titres.

 

Deuxième bonne nouvelle: c’est une jeune femme, passionnée d’édition, qui relève le défi de réveiller la belle endormie. Laurence Gudin est Genevoise, elle a 32 ans et un amour du métier rêvé depuis l’adolescence.

 

Rendez-vous est pris chez elle à Genève, dans le quartier des Eaux-Vives, où la Baconnière aura maintenant ses bureaux. La pièce, tout en haut de l’immeuble, est baignée de lumière. « Ça commence à ressembler à une maison d’édition », sourit Laurence Gudin en regardant les bibliothèques qui tapissent les murs. Elle y travaille avec son compagnon, Marco Saccaperni (Beenturong), illustrateur et graphiste, qui conçoit les nouvelles couvertures de la Baconnière, belles et fortes en caractère.

 

Avant de se lancer dans cette aventure, Laurence Gudin a travaillé cinq ans à Médecine et Hygiène. C’est là qu’elle a découvert de près le catalogue prestigieux de la Baconnière, riche de 1000 titres dont 300 demeurent disponibles. « Chaque semaine, je recevais une demande de lecteurs pour un titre épuisé. Sur les 300 titres disponibles, 30 se vendent régulièrement tous les mois », précise-t-elle. A cela s’ajoutent les demandes émanant d’autres maisons d’édition qui veulent racheter les droits des trésors du catalogue. « En fait, c’est cela qui a suscité le déclic. Je ne voulais pas qu’une si belle maison se fasse dépecer et parte en lambeaux. »

 

Grâce à une aide financière familiale, Laurence Gudin rachète la Baconnière en 2012. Première mission: faire revivre le catalogue, ressortir les perles. Comme le Journal d’un intellectuel en chômage de Denis de Rougemont, un texte que le penseur genevois a écrit de 27 à 29 ans tandis qu’il était sans travail et installé sur l’île de Ré. Le livre est reparu en janvier. Ou comme le Journal politique du Comte Galeazzo Ciano, bras droit de Mussolini. La numérisation des titres épuisés est par ailleurs en cours.

 

Laurence Gudin relance aussi la collection Langages qui a fait les belles heures de la Baconnière dès les années 1960 dans le domaine de la critique littéraire. C’est le professeur Daniel Sangsue de l’Université de Neuchâtel qui en prend la direction avec l’ambition de perpétuer l’excellence dans les domaines de l’histoire, de la poétique et de la critique littéraire. Trois titres ont déjà paru: Chiens de plume. Du cynisme dans la littérature française du XXe siècle de Jean-François Louette; François Bon. D’un monde en bascule de Gilles Bonnet, soit la première monographie sur l’écrivain François Bon; et Ecrire la mondialité, un recueil d’essais de Daniel de Roulet sur la mondialisation vue depuis son versant lumineux.

 

La Baconnière d’Hermann Hauser n’accordait qu’une place résiduelle au roman. Laurence Gudin ouvre le catalogue à la fiction. La traductrice et éditrice Ibolya Virag, à qui l’on doit la redécouverte de Sandor Marai dans les années 1990, va tenir une collection centrée sur les auteurs de l’Europe centrale. La Guerre des salamandres, roman-culte fantastique du Tchèque Karel Capek (1890-1938), a ouvert les feux.

Un inédit de Claudio Magris, O Conde, un conte portugais, inaugurera tout prochainement une collection dirigée par David Collin. Pour la rentrée de septembre, un premier roman d’un jeune auteur genevois, Florian Eglin, est annoncé.

 

D’où vient cette passion pour l’édition? La jeune femme répond par une longue liste de livres lus à l’adolescence puis pendant ses études de lettres à Paris. « Très vite, dans mes lectures, j’ai ressenti une forte attirance pour les seconds rôles. J’aime les narrateurs, ceux qui racontent mais ne sont pas au premier plan. De là, je pense, ma passion pour le métier d’éditeur. J’aime être celle qui, dans l’ombre, donne vie aux livres; celle qui permet aux auteurs de se consacrer à l’écriture. »

 

Au Salon du livre, la Baconnière

sera au Cercle de la librairie,

stand P1610. www.salondulivre.ch

 

© 2013 LE TEMPS SA

 

 



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