Littérature hongroise
Découvrez des extraits de traductions, parfois bilingues et des brèves, pêle-même, dans le but d'informer les amateurs de littérature ainsi que les éditeurs susceptibles de s'intéresser à la littérature hongroise.
Il y a trente ans disparaissait Sándor Márai. Lire la suite...
Róbert Hász, écrivain hongrois, auteur de quatre romans traduits en français, à Livre Paris 2018 :

École de traduction littéraire (ETL) Session 2017 – 2018
L’École de traduction littéraire (un partenariat Centre national du livre - Asfored) offre aux jeunes traducteurs déjà engagés dans le métier une formation permanente complète, fondée sur un enseignement de la traduction multilingue, assurée sous forme d’ateliers par des traducteurs chevronnés, et complétée par des interventions de représentants de tous les métiers du livre.
L’École de traduction littéraire accueillera le 3 décembre prochain une nouvelle promotion de traducteurs, pour une session de deux années (décembre 2016 – décembre 2018).
L’École est ouverte aux traducteurs de toutes langues ayant déjà publié au moins une traduction chez un éditeur. Pour être pris en charge financièrement (formation et déplacements), les candidats devront répondre aux critères de l’Afdas : être affiliés à l’Agessa (affiliation valable pour l’année 2016 ou 2017) ou avoir gagné au moins 9 000 euros en droits d’auteur.
Chaque promotion de l’ETL est composée par un jury : des responsables du CNL et de l’Asfored, du directeur de l’école, de plusieurs traducteurs et éditeurs, et d’un représentant de l’ATLF.
L'hommage de Michel Crépu (rédacteur en chef de la Nouvelle Revue Française) à Péter Esterházy disparu le 14 juillet 2016 :
« L’on apprend la mort, à 66 ans, de l’écrivain hongrois Péter Esterházy. Il était l’Européen par excellence, combinant à merveille l’ironie et la conviction. Son grand œuvre, Harmonia Cælestis, restera l’un des grands livres du XXe siècle : comment construire un monde (fût-il de fiction) quand on a perdu le plan de l’« Harmonie céleste » ? Drôle, élégant, l’héritier d’une des plus prestigieuses familles hongroises, Esterházy a raconté comment il découvrit un jour que son père, le comte Mátyás Esterházy, avait renseigné le KGB hongrois de 1959 à 1988. « Preuve, ajouta le fils ironiquement, et douloureusement, que le libre arbitre existe. » Péter Esterházy disparaît alors même que l’Europe de l’esprit et de la littérature semble devenue indifférente à son destin. Ses livres disent pourtant le contraire. »
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Péter Nádas chez lui, dans son bureau :

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L'initiative de l'association «Le 122» en faveur de la poésie hongroise. Lire l'article...
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Consultez aussi l'autre page "littérature hongroise" avec les nouvelles parutions >> ICI
Endre Ady
L'automne est passé par Paris
Hier, à Paris, l'automne s'est glissé sans bruit.
Il descendait la rue offerte à saint Michel
Et, sous les arbres qui dormaient dans la chaleur,
Il est venu vers moi.
M'en allant à pas lents j'approchais de la Seine.
Dans mon âme chantait le feu dans du bois mort
Et la chanson était étrange, pourpre, grave
Et parlait de ma mort.
L'automne m'a rejoint. Il a dit quelque chose
Et le Boulevard Saint-Michel a frissonné.
Tout le long du chemin des feuilles guillerettes
S'amusaient à danser.
Ce ne fut qu'un instant. L'été n'a pas bronché
Et l'automne en riant quittait déjà Paris.
Il est passé. Je suis seul à le savoir
Sous les arbres pesants.
Traduction: Eugène Guillevic

Le manuscrit du célèbre poème d'Ady sur la table d'un café à Paris. Photo : André Kertész
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Le 9 novembre 1944 : décès du poète Miklós Radnóti, abattu par un soldat alors qu'il se trouvait dans un camp de travail. Lisez "Marche forcée" !

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Les confessions de Tirésias
À l'intérieur de la table, le bois est toujours vivant,
la fièvre et la bruyante agitation de la forêt
s'y sont frayé un chemin, échos au sein du grain,
je cueille ses vibrations quand je la frôle.
Je cours à travers les feuilles mortes, enjambe
d'anciennes racines plus musclées que mon bras,
les grives gazouillent en mesure avec la pulsation
de mon cerveau. Je suis si seul.
Je suis un enfant. Mes pieds n'arrêtent pas de tambouriner
quand je cours, je crie mais je ne peux te trouver,
tu t'es caché quelque part, tu bavardes et tu ris,
tu m'observes en mâchant des fraises sauvages.
L'air de la montagne est piégé
dans le bagage vasculaire de la table
seule une hache pourrait m'aider à le délivrer
le libérer comme on libérerait un esprit.
Je le fais démarrer comme un vieux moteur,
le laisse prendre de la vitesse, bourdonner
énergiquement, tourner plus vite que le cerveau,
entraîner tout le paysage derrière lui.
Extrait de "Les confessions de Tirésias", Ouvrage trilingue hongrois-anglais-français, Traduction française de Brigitte Gyr, Éditions Jacques Brémond, 2013, p. 117.
Le grand comédien Zoltan Latinovits récite une poème d'Attila Jozsef (en hongrois, en 1975). Ecouter....
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Ce livre précieux entre tous, je l'ai lu, relu et j'ai pensé que Krúdy était l'écrivain de la mélancolie heureuse. C'est très rare, un écrivain qui écrit pour le bonheur et non son contraire, dame Tristesse. Je pourrais vous citer des dizaines de passages à l'appui de ce que je vous écris là. Je me contenterai de glisser sous votre porte l'image de cette " aube d'été venant d'arriver comme la roulotte carillonnante des comédiens "... "Mélancolie heureuse " veut dire que l'on fait corps avec la fuite du temps au lieu de chercher à le retenir : pourquoi s'en effrayer ? J'aime infiniment que Krúdy évoque au passage "ces petites villes d'eaux qui furent si nombreuses dans l'ancienne Hongrie ". Ce monde a disparu, et pourtant j'en jouis encore.
Michel Crépu à propos de "N.N." de Gyula Krúdy dans La Revue des Deux Mondes (avril 2014)
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"Sándor Márai avait 30 ans quand parurent à Budapest les Etrangers. Il y utilise pas mal d’éléments autobiographiques puisque son récit se situe dans des lieux où il fit de longs séjours entre 1921 et 1928 – Berlin, Paris et le Finistère. En Allemagne, il était encore étudiant – comme son narrateur – et, en France, il commença à vivre de sa plume mais il n’est pas exclu qu’il ait exercé les petits boulots qu’il décrit au détour de son roman. Quant à la Bretagne, Márai en avait gardé un souvenir radieux, un bref enchantement qui enlumine les derniers chapitres des Etrangers, un livre déjà hanté par l’exil." Le Temps (grand quotidien suisse) à propos des Etrangers de Sándor Márai.
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Le Monde sur "Code-Barres", nouvelles de Krisztina Toth, traduites du hongrois

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Photo d'Endre Ady, poète hongrois.
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Avec son roman "Sombre dimanche" qui se déroule à Budapest, Alice Zeniter a obtenu le Prix du Livre Inter. Lire la suite...
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Un extrait de "Nuages", cycle de Sándor Petőfi (1823-1849), grande figure du romantisme européen, publié par Sillage et traduit par Guillaume Métayer :
L'oiseau part en migration
Quand le temps
Entre dans la mauvaise saison.
(Il revient, en revanche, au printemps).
Il vole... vole... vole... son aile le porte loin
Lorsque tu te rends compte
Qu'elle boit déjà l'air bleu des lointains.
Sa course est si prompte :
Elle semble un songe qui s'évanouit. -
Qui s'échappe plus vite encore ?... la vie !
Mais jamais comme l'oiseau elle ne revient.

L'œuvre de Petőfi était introuvable en France depuis quarante ans. Voilà une belle occasion pour la redécouvrir.
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• jeudi 28 mars 2013 à 15h30, Auditorium de la Maison des Étudiant, Université de Bordeaux.
Autour de la Hongrie : conférence sur la littérature hongroise par Ibolya Virág
Au-delà de certaines figures tutélaires, tel Sándor Márai reconnu aujourd’hui comme une des grandes plumes européennes du XXe siècle, les lettres hongroises, sont marquées par une grande diversité de figures, d’œuvres et de styles. A la fois proche et lointaine, cette littérature originale constitue un monde culturel qui reste encore largement à découvrir. Editrice et traductrice littéraire d'origine hongroise, Ibolya Virág vit à Paris et joue depuis longtemps un rôle important dans la découverte d'écrivains hongrois en France.
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Imre Kertész: « Je pense que l’attribution du prix Nobel de la paix à l’Union européenne est un bon choix. L’Union européenne doit s’affirmer et ne rien céder. Elle subit des attaques, mais elle doit avoir de l’assurance. Elle est un organ
Pour être une région stable disposant d’arguments nouveaux, elle doit puiser dans les grandes traditions européennes : je veux dire Athènes et la Perse. C’est là qu’a commencé le combat, c’est là qu’est née l’Europe, au milieu du chaos ambiant. L’Union européenne doit garder sa lucidité et aimer la liberté menacée de toutes parts – même au prix de sacrifices. » Lire la suite...
Découvrez le texte magnifique d'Albert Camus sur la Révolution hongroise de 1956 ! Lire la suite...
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Ecrivain important qui a influencé la jeune génération de l'après guerre, Géza Ottlik (1912-1990) aurait eu cent ans le 9 mai. Dans les années 80, Péter Esterházy a copié le roman intitulé "Ecole à la frontière" (en français au Seuil, 1964) sur une affiche.

Le Musée Littéraire Petőfi de Budapest rend hommage à Géza Ottlik à travers une exposition qui vient d'ouvrir. Un vidéo a été enregistré pendant le montage de l'expo. Regarder...
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Selon le journal allemand Welt am Sonntag, Péter Nádas a toutes les chances d'obtenir le Prix Nobel de littérature 2012 grâce à "Histoires parallèles".
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Imre Kertész lit un poème d'Endre Ady en hongrois >> vidéo (avec traduction française)
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Ilona Kovacs à propos de "Lettres de Turquie" de Kelemen Mikes (extrait d'une étude à paraître respectivement chez De Gruyter et Universitas) :
La problématique de la destinataire
Avait-elle existé ou non? Si la cousine (ou une parente ou une femme tendrement aimée désignée par « Édes néném») avait vécu dans la réalité, qu’est-ce que cela changerait à la fortune et à la valeur littéraire des Lettres de Turquie de Kelemen Mikes? Les débats semblent se calmer des deux côtés (réel ou fiction ou un mélange savant des deux ?) pour aboutir à un consensus selon lequel cette cousine est probablement fictive, imaginaire, mais il faut voir que du point de vue théorique, cet état des choses ne détermine pas décisivement l’appréciation esthétique et le destin des Lettres de Turquie. La figure féminine, incarnée dans les lettres suivant les désirs de Mikes (femme, tendre, compréhensible, pas très distancée en âge par rapport à l’épistolier, permettant donc des allusions légèrement frivoles): ces traits dessinent ponctuellement le profile ou le portrait de la femme idéale dont il avait besoin, ou dont il aurait eu besoin dans l’exil. La frustration ou la souffrance causée par la solitude, le désir ardent d'avoir une âme sœur compréhensive, désir dont tout le texte est empreint colore et adoucit tous les récits et descriptions contenus dans les lettres, informations, anecdotes et motifs littéraires empruntés y compris, bien entendu. Pour bien mesurer le peu de poids de ces données réelles ou fictionnalisées et pour ne pas laisser l’attention détourner de l’essentiel, de la structure littéraire du texte, il faut entrevoir brièvement les principes de base théoriques de cette problématique. Le premier point à étudier est sans aucun doute celui des correspondances réelles entretenues entre des personnes ayant réellement existé dans la réalité. Dans ce domaine aussi, il faudra distinguer entre les romans épistolaires, puis les
correspondances d’écrivains et celles des personnes privées dont l’écriture peut être lue de manières différentes dont la façon littéraire, mais où les intentions des auteurs de lettres n'étaient pas esthétiques, donc ils ne visaient pas à créer des œuvres destinées à être lues par le public.
Correspondances « réelles », fictives et partiellement fictionnalisées
La comparaison des lettres estimées comme fictives est toujours possible avec des correspondances réelles: à commencer par celle de la Marquise de Sévigné avec son cousin le comte Bussy de Rabutin dont nous savons, grâce aux recherches de Lajos Hopp qu'elle est l’une des sources possibles et plausibles de Mikes. Pourtant, on dispose de correspondances abondantes en si grand nombre que c’est l’embarras du choix qui gêne quand aborde ce domaine. En vue de délimiter le champ littéraire de celui qui appartiendrait à la vie de tous les jours, donc à la réalité proprement dite et qui est transmis dans les échanges de lettres de personnes dépourvues d'ambitions esthétiques, il faut distinguer entre plusieurs catégories. Notamment, il faut mettre de côté cette fois-ci les correspondances d'écrivains et se restreindre aux corpus apparemment documentaires et aux romans épistolaires. Sans avancer toutes les conclusions de ce tour d’horizon, je partirai de la thèse déjà suffisamment démontrée dans les études littéraires que le geste d’écrire et l’écriture engendrent des contraintes qui approchent le texte du domaine littéraire, tout à fait indépendamment des intentions de l’épistolier. La (dé)formation ou même la transfiguration du réel devient encore plus complexe quand il s’agit d’écrivains ou d’artistes qui écrivent à leurs amis, à leurs amours ou à de simples connaissances et devient entièrement sophistiquée et parfois truquée dans leurs échanges épistoliers. C'est la raison pour laquelle je juge indispensable de faire abstraction de ces corpus dans mon analyse.
En ce qui concerne les communications écrites entre personnes privées ou supposées comme telles, je renvoie aux travaux de base de Philippe Lejeune qui a étudié les messages des gens privés à travers plusieurs siècles tout aussi bien que les dilemmes des journaux intimes et de l’autobiographie. Il en ressort que l’écriture engendre des jeux de rôles et des poses même dans le cercle des gens qui ne nourrissent aucune ambition esthétique et que la prise sur la réalité passe toujours par des processus créateurs liés en plus à la langue. Quand on passe à la deuxième catégorie où un professionnel de l’écriture rédige des lettres à ses connaissances, la fictionnalisation entre bien plus en jeu. Il suffira de penser p. ex. à Diderot épistolier en général, mais le phénomène se montre plus particulièrement dans ses lettres échangées avec Sophie Volland, ou à la correspondance de George Sand, cette fois-ci non pas avec Musset ou Flaubert, mais avec Pagello, le médecin vénitien ou des hommes politiques et des amis. George Sand intégrait des documents authentiques dans ses mémoires et ses lettres, mais en les réécrivant selon les besoins des circonstances nouvelles et cette insertion des écrits dans les autres montre bien que l’écriture suit inévitablement ses propres règles sans le consentement ou l’ambition consciente du sujet qui écrit. Le journal intime comme genre moderne est le meilleur exemple pour ce fonctionnement autonome du langage et de l’écriture, mais les lettres constituent également un domaine intermédiaire entre réel et fiction indépendamment de la volonté exprimée ou inconsciente du sujet. (…)
Parmi les modèles potentiels de Mikes, il faut mentionner avant tout l’échange de lettres déjà cité entre la marquise de Sévigné et son cousin Bussy de Rabutin, puis le recueil de lettres de César de Saussure, un personnage assez étrange ayant passé plusieurs années dans l’entourage du prince Francois II Rákóczi dans l’exil de Turquie:
„Une mise en parallèle du recueil de Mikes s’offre surtout avec des lettres portant dans leur titre déjà un adjectif comme le sien qui suggère turques : le nombre des Lettres persanes, juives, athéniennes etc. est assez significatif pour les prendre en considération. A commencer par les Lettres de Turquie de César de Saussure, secrétaire du prince Rákóczi pendant plusieurs années, puisque ce recueil devait influencer fortement notre Mikes qui a côtoyé le Suisse dans l’exil turc. Cet ancêtre de la prestigieuse famille suisse des Saussure avait donc servi François II Rákóczi pendant plusieurs années en qualité de secrétaire et comme tel, il a été entre autres chargé de relire et de corriger le style français du prince. Nous allons voir comment Saussure a traité le problème délicat confié par un prince aux soins d'un subordonné.
En tant qu’éditeur scientifique de tous les manuscrits et textes français de Rákóczi, je peux certifier que son style dans cette langue apprise assez tardivement par lui, est très loin d’être impeccable. On y trouve un bon nombre de fautes de français proprement dites dans le lexique tout aussi bien que dans la syntaxe et la grammaire, surtout dans l’emploi des temps (passés et futurs) grammaticaux. Il existe plusieurs manuscrits pour ses mémoires, bien qu’aucun ne soit autographe, et un manuscrit est conservé à Paris, dans les archives des Affaires Étrangères. Ce manuscrit, à l’opposé des autres qui sont assez fautifs du point de vue de la langue, a dû être transcrit par un copiste français, puisque justement les incorrections typiques (les temps, les structures syntaxiques obscures et les mots mal choisis ou créés directement par le prince) sont toutes reprises et réécrites! Curieusement, ce n’est pas le cas de la version imprimée revue par Saussure comme en témoigne l’exemplaire de notre bibliothèque nationale (OSZK) où un commentaire manuscrit rédigé par Saussure explicite qu’il a bien vu, mais a consciemment décidé de ne pas corriger les fautes de français qu’il a bien évidemment relevées. Son commentaire témoigne d’un sens diplomatique développé : „Les grands hommes n’aiment être repris par leurs subordonnés” - explique-t-il avec un brin de cynisme et de lâcheté. Cela veut dire que contrairement au relecteur et copiste du manuscrit réécrit de Paris, il a laissé passer les ungarismes et les défauts de langue, sans parler de ceux du style.
Le texte publié en 1739 (sous le titre global de l’Histoire des Révolutions de Hongrie) a été et probablement relu par le prince comporte donc toutes les particularités du français du prince, mais par contre, les noms de lieux et de personne (grotesquement déformés dans le manuscrit cité de Paris), sont rétablis en connaissance de cause, d’histoire et de géographie nationales. Sans tenter d’esquisser ici tout le profil de César de Saussure, je me contente de constater qu’il était trop servile et diplomatique comme secrétaire et que son personnage approche de celui d’un aventurier. En tous cas, il a profité de ses séjours auprès de Rákóczi pour rédiger ses propres Lettres de Turquie dont le texte pose moins de problèmes que celui de Mikes, mais ne le vaut pas du tout sur le plan littéraire. Il ne se soucie pas outre mesure de désigner ou d’imaginer un destinataire digne d’intérêt: il met Monsieur partout. Ce monsieur ne se verra pas dessiné dans la suite non plus, il reste fade et anonyme comme ami ou connaissance. L’œuvre elle-même suit les préceptes ordinaires du récit de voyage de l’époque, en énumérant toute la liste obligatoire suivant les guides : le port, la ville de Constantinople, les harems, le café, les conspirations politiques autour du Grand Vizir et l’hydromel, entre autres. Bref, non seulement la tendresse et les non-dits érotiques ou politiques manquent à ce texte, mais aussi toute la dimension littéraire qui fait du recueil de Mikes un chef d’œuvre.” (…)
L’étude aboutit à une conclusion selon laquelle des influences réelles ou présumées ont pu jouer un certain rôle, non négligeable, dans la création de ce corpus, mais la valeur intrinsèque du texte consiste dans le style de l’auteur: „Que la gentille cousine de Mikes ait existé ou non et si elle a existé, savoir si elle correspondait vraiment à l'image que l'épistolier a formée d'elle, tout cela relève de l'histoire littéraire. L'essentiel reste la qualité de l'invention littéraire de l'auteur qui a su former avec un grand art, suivant ses désirs les plus intimes, dans une langue originale, teintée de dialecte transylvain, un profil de femme tendre et affectueux, permettant l'ironie la plus pertinente dans les sujets traités. Ainsi son existence de la destinataire, telle que nous la connaissons, est parfaitement réelle, mais exclusivement littéraire.”
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Voici la célèbre chanson de Dick Annegarn dédiée à Attila József.
Ecouter...
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Antonio Banderas lit en espagnol - dans une émission hongroise - le poème d'Attila József intitulé "Le coeur pur". Pour écouter...
Je n’ai ni père ni mère,
Rien que je rêve ou j’espère,
Je n’ai ni Dieu ni patrie,
Berceau, cercueil, tendre amie.
De trois jours, pas un repas :
Oui, ce qui s’appelle pas.
Ma puissance, c’est vingt ans :
Ma puissance, je la vends.
Et pour peu que nul n’en veuille,
Que le diable, lui, l’accueille !
Je volerai, l’âme pure,
Et tuerai, je vous assure.
Mais qu’on m’arrête et me pende
Et qu’à la terre on me rende,
Maléfique et sûre, une herbe
Sourdra de mon cœur superbe.



Découvrez les souhaits que 60 écrivains hongrois lui ont adressés >> ici

Quelle est donc l’unité de mesure minimale d’un récit ? Le roman le plus récent de Szilárd Podmaniczky, Beau dictionnaire hongrois nous montre qu’il est possible de condenser une histoire compliquée en trois ou quatre lignes. Ce volume contient presque cinq mille entrées. À chaque mot correspond une brève histoire, un portrait en pied, une explication de texte. Réellement présenté comme un dictionnaire, cet ouvrage extrêmement soigné nous dépeint, par petits fragments mis les uns à côté des autres, notre vie… de A jusqu’à Z. Objets, accessoires, notions, situations qui font partie de notre vie trouveront ici une explication qui donne à réfléchir. Il est recommandé de lire ce livre sans esprit de continuité. En l’ouvrant au hasard. On pourra même, le cas échéant, réfléchir sur ce que tel ou tel mot évoque pour nous. Ouvrons par exemple le livre à l’article « Cigale » :
Le soleil s’était couché, la lune n’avait pas repris sa place. Pour la cigale, ce genre de chose n’avait aucune importance ; la nuit, elle avait entonné son chant. La femme s’était agitée dans son lit toute la nuit, ce qui l’avait empêché de dormir. Le lendemain, en se couchant, elle plaça des boules Quiès dans ses deux oreilles, mais quelques minutes plus tard, elle sursauta d’effroi. Son mari lui caressait les seins.
Les figures de la femme et de son mari reviennent de façon récurrente, et d’autres fois celles de l’homme et de la femme, voire de l’enfant. Il s’agit de figures types, mais qui s’incarnent dès la première phrase. Nous entrevoyons ces êtres pour un temps très court, comme si nous jetions un bref regard dans le compartiment d’un train rapide qui passe devant nous. Et pourtant, ils nous intriguent, ces gens. L’ensemble de ces cinq mille micro-histoires du Beau dictionnaire hongrois forment une mosaïque de destins haute en couleurs. Celle, finalement d’une seule et grande Histoire. Les lettrines sont l’œuvre du graphiste Lazin Igor.
Péter Esterházy : J'accuse ! >> ici

LES PLAINTES DU PAUVRE PETIT ENFANT
(Fragments)
Comme celui qui dans les rails vient de tomber
et revoit à l'instant tout ce qu'il a vécu,
voyant alors comme jamais il n'avait vu,
Quand cahotant, brûlant, grondant, les roues avancent
et que s'allument des mirages zigzagants…
Comme celui qui dans les rails vient de tomber,
je dis adieu. Adieu à la lointaine vie,
à l'infini, légende au loin qui m'est ravie,
comme celui qui dans les rails vient de tomber.
Comme celui qui dans les rails vient de tomber
– horrible volupté, panorama sauvage –
allongé dans les rails et que les roues saccagent,
j'entends au-dessus de mon corps, rouler le temps,
pendant que la mort tonne et s'éloigne en grondant;
je prends ce que je peux prendre d'éternité:
rêves et papillons, cauchemars et beautés.
Comme celui qui dans les rails vient de tomber.
* * *
La tristesse s'est fiancée à ma soeur,
elle est assise en silence parmi ses fleurs,
toujours seule, si douce et si tendre,
fleur elle-même, fanée, qui va se rendre.
La tristesse s'est fiancée à ma soeur.
Près de la fenêtre, elle attend, pâle et frêle,
la souffrance est penchée sur son coeur,
lorsqu'une rose éclôt, ce n'est pas pour elle.
Sur son front grave, on dirait un deuil,
des boucles pendent, décolorées, comme celles
d'une vierge morte sur le coussin du cercueil.
Elle regarde au loin, les yeux doux, sans rien dire,
ne peut sangloter et n'ose pas sourire.
Mais dès qu'il n'y a plus personne dans la chambre,
ouvrant les vieilles armoires et s'y attardant,
elle pleure de voir sa tête triste et sans couronne,
et lorsque le clair-obscur l'environne,
les larmes tombent sur les dentelles jaunies,
et son coeur de verre fêlé, son coeur meurtri,
tinte, fatal, comme une coupe en diamant,
car quelqu'un joua avec ce coeur pur, ce coeur aimant,
et le brisa. Et parfois il m'arrive,
quand par hasard j'entends dans sa chambre un soupir,
de prier, chuchotant et pâle, vers minuit,
et je ne peux plus m'endormir.
Toujours là-bas elle contemple les jardins
où le soleil jaune et triste ressuscite et revient,
où le soir aux lourdes ailes redescend avec douceur…
Elle attend.
La tristesse s'est fiancée à ma soeur.

ezt mondja a neved, Ilona, Ilona.
Lelkembe hallgatag dalolom, lallala,
dajkálom a neved lallázva, Ilona.
Minthogyha a fülem szellőket hallana,
sellőket, lelkeket lengeni, Ilona.
Müezzin zümmög így: "La illah il' Allah",
mint ahogy zengem én, Ilona, Ilona.
Arra hol feltün és eltün a fény hona,
fény felé, éj felé, Ilona, Ilona.
Balgatag álmaim elzilált lim-loma,
távoli, szellemi lant-zene, Ilona.
Ó az i kelleme, ó az l dallama,
mint ódon ballada, úgy sóhajt, Ilona.
Csupa l, csupa i, csupa o, csupa a,
csupa tej, csupa kéj, csupa jaj, Ilona.
És nekem szín is ez, halovány kék-lila,
halovány anilin, ibolya, Ilona.
Vigasság, fájdalom, nem múlik el soha
s balzsam is, mennyei lanolin, Ilona.
Elmúló életem hajnala, alkonya,
halkuló, nem múló hallali, Ilona.
Lankatag angyalok aléló sikolya.
Ilona, Ilona, Ilona, Ilona.

